Le plan Retour au Travail vise à ramener vers l’emploi 50.000 malades de longue durée

Notre pays compte actuellement près de 500.000 malades de longue durée. Parmi ceux-ci, on estime que 10 pour cent souhaiteraient reprendre le travail, mais souvent ils ne savent pas comment. Avec son plan ‘Retour au Travail’ (ReAT), le gouvernement entend remettre au travail le plus possible de malades qui le souhaitent. Les entreprises qui comptent trop de malades de longue durée risquent quant à elles une amende. Ce paquet de mesures ambitieuses prendra effet le 1er janvier 2023.

Aujourd’hui, lorsqu’un salarié est en incapacité de travail pour raisons de santé, son salaire lui est payé le premier mois par son employeur, et une indemnité plafonnée à 60 % de son dernier salaire lui est ensuite versée par l’assurance maladie. Il y a actuellement dans notre pays près de 500.000 malades de longue durée, c.-à-d. des travailleurs en incapacité de travail depuis plus d’un an. Il va sans dire que cela coûte beaucoup d’argent et constitue un problème social chronique.

Facture élevée

Selon les derniers chiffres de l’INAMI, entre 2016 et 2020, le nombre de personnes en incapacité de travail de longue durée pour cause de burn out et de dépression a augmenté de 38,72 % : + 41,50 % pour dépression, + 32,53 % pour burn out. Plus de 1,5 milliard d’euros, tel est le coût pour l’assurance indemnités des incapacités de travail de longue durée suite à une dépression ou un burn out en 2019.

SD Worx a calculé que l’absentéisme pour cause de maladie en Belgique coûte chaque année environ 1.100 euros par travailleur à temps plein. Ce chiffre est calculé sur le nombre total de travailleurs dans l’entreprise, pas par personne absente. Pour une organisation de 100 travailleurs, cela représente donc un coût de 110.000 euros. Sans parler des coûts indirects importants, comme la perte de productivité, le remplacement, la charge de travail supplémentaire pour les collègues, etc.

La bonne nouvelle c’est que, selon une étude internationale, environ 10 pour cent des malades de longue durée sont capables de reprendre le travail et le souhaitent. C’est pour ce groupe spécifique que le plan Retour au Travail doit supprimer tout obstacle à la réintégration sur le marché du travail.

Ce n’est qu’au début de l’année prochaine que le projet sera concrètement déployé, mais 40 coordinateurs Retour au Travail seront désignés cette année encore parmi les collaborateurs des mutualités. L’année suivante, ils devraient être 60. La première année, 18.000 malades de longue durée devraient reprendre le travail, puis ce chiffre devrait passer à 24.000 par an.

Employeurs à l’amende

Les mesures du plan Retour au Travail sont une arme à double tranchant. L’accent sera mis avant tout sur la responsabilisation des employeurs. Les entreprises – occupant en moyenne 50 salariés – qui présenteront un nombre excessif de personnes en arrêt maladie de longue durée (invalidité) parmi leurs collaborateurs (moins de 55 ans et minimum 3 ans d’ancienneté), devront verser une cotisation patronale spécifique de 0,625 % sur le total des salaires trimestriels (donc 2,5 % sur base annuelle).

Sur base des premières simulations, quelque 190 entreprises seraient aujourd’hui redevables d’une cotisation trimestrielle d’environ 1,275 million d’euros. Les premiers avertissements seront envoyés au plus tard en septembre ou en octobre 2022 (dès après la publication des textes réglementaires). Leur première cotisation sera quant à elle calculée au deuxième trimestre 2023.

En outre, le plan Retour au Travail se concentrera également sur l’accompagnement des personnes en incapacité de travail. Différentes études montrent qu’en cas de maladie, il est important de commencer à « travailler au travail » le plus rapidement possible, car cela augmente considérablement les chances d’une réintégration harmonieuse et durable sur le marché du travail. C’est pourquoi le trajet d’accompagnement occupera une place centrale dans le plan ReAT. Concrètement, après 10 semaines d’incapacité de travail, un questionnaire sera envoyé au travailleur en arrêt maladie. L’objectif est que celui-ci fournisse – dans un délai de deux semaines – une estimation de la gravité et de la durée de sa situation, ainsi que des possibilités de son retour au travail. Lors de moments de contact avec le médecin-conseil de la mutualité et le coordinateur ‘Retour au Travail’, on évaluera ensuite quel est le soutien dont il a besoin pour retrouver un emploi adapté.

Un incitant supplémentaire sera également prévu : si le malade ne donne pas suite à ces invitations et ne fournit pas de motif valable, il perdra 2,5 % de ses indemnités. La balle sera donc dans son camp : à partir du moment où il répondra, il récupérera la totalité de ses indemnités.

Gain social

Outre le coût lié à la maladie de longue durée, le fait de reprendre le travail présente évidemment aussi un avantage important pour le salarié. Les études montrent qu’un ‘bon’ job, adapté aux capacités et aux souhaits du travailleur, a un effet positif sur la santé mentale de ce dernier. Ceux qui travaillent, et qui se sentent valorisés parce qu’ils se rendent utiles, contribuent au bien-être de tous les citoyens. Le gain social est important.

Les entreprises prennent elles aussi de plus en plus conscience de la nécessité d’organiser le travail de sorte à éviter que leurs collaborateurs ne tombent en incapacité de longue durée. Pour les responsables des ressources humaines, les cadres et les entrepreneurs, le bien-être de leurs collaborateurs constituera une priorité absolue dans les années à venir. C’est ce qui ressort d’une enquête de SD Worx menée dans 14 pays européens, parmi lesquels la Belgique. La raison en est évidente : des collaborateurs heureux et en bonne santé sont plus motivés et… moins susceptibles de tomber malades.

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